Educ de formation de base, je dirige aujourd'hui un complexe d'hébergemnt pour adultes en ESAT, et je suis aussi Maman.
J'ai 3 histoires au sujet de l'homosexualité, qui peuvent nourrir peut être le débat :
il y a 20 ans, en tant que chef de service, une éduc de mon équipe était homo. Je l'ai su par des collègues à elle, venus "confidentiellement", la "vendre". J'ai été très choquée de ces "rapporteurs" et ai coupé court à leurs propos en leur disant que cela ne me regardait pas et ne m'interessait pas, et qu'au demeurant, cette éduc faisait un travail remarquable, c'est tout ce qui était demandé.
Cela ne m'a pas empéché au fond de moi, de la voir après, avec un autre regard, un regard sur quelqu'un qui n'était pas comme moi, qui avait une originalité, une différence. Mais jamais je n'ai fait allusion à ce sujet, je la respectais et je l'estimais pour la qualité de son travail, c'est tout.
Je pris ensuite ce poste de direction. Là, "pas de sexualité chez les adultes" m'avaient dit les professionnels, mais dans le sous sol, il y avait une TV avec une chaine payante (canal quelque chose...) et en face un divan. Là, j'ai dis non, pas comme ça, pas d'accord, j'ai arrêté illico l'abonnement et j'ai dit "on en parle". A partir de là, nous avons beaucoup travaillé sur la sexualité des handicapés et je dois dire qu'au début, les éducateurs, bien plus que les parents, étaient très jugeant sur les types de relation qui existaient. Il a fallu plusieurs mois d'échange avec eux pour qu'ils acceptent qu'un couple d'handicapés ne soit pas conforme à un idéal (critiquaient les couples dominant/dominé, les instabilités, les ruptures, etc...) Il a fallu les aider à ouvrir leur regard sur un peu plus de tolérance, qui en fait cachait une certaine peur... C'était aussi une question d'époque, il ne faut pas l'oublier, la chose sociale a changé depuis... Aujourd'hui, à l'hébergement, nous avons des couples de toutes natures (hétéro, homos, dominant/dominé, etc...) Par contre, nous avons une règle d'or à laquelle la personne handicapée ne peut déroger : Le respect : la relation n'est acceptée que s'il y a désir et consentement mutuel, il faut bien qu'on se garantisse pour lutter contre la sexualité déviante qui consiste à violer, c'est fréquent dans nos types d'institution, il ne faut pas se voiler la face. Là, nous avons le rôle de protéger les adultes fragiles ou non consentants, c'est important mais c'est très difficile à gérer dès lors qu'on joue le jeu. Nous avons fait des formations et avons dans l'équipe une personne ressource vers qui les professionnels et les adultes peuvent aller... Il y a de la place pour les homos même si ce n'est pas facile pour tout le monde. Les parents ont cheminé aussi à ce sujet. L'essentiel, je pense, en tant que travailleur social, est de s'interroger, de faire en sorte qu'il n'y ait pas de victime, et de ne pas être plus fermé que ce qui se passe "à l'extérieur".
Comme vous le voyez, le débat est très ouvert chez nous, cela ne pose aucun problème parce que nous avons choisi de ne pas être dans le "non dit", ni dans le laxisme.
Et le troisième histoire, c'est celle de la Maman. J'ai deux beaux garçons, intelligents et en bonne santé. Nous formons une famille pleine d'amour et vraiment très unie. Nous sommes heureux ensemble depuis 25 ans et c'est pas fini... Nos momes nous manquent maintenant qu'ils vivent leur vie, mais c'est la vie...
J'ai beau avoir l'esprit tolérant et ouvert dans mon métier, j'ai beaucoup réfléchi et oeuvré dans ce domaine, et je continue à le faire mais, je ne vous dis pas la douleur extrême que nous avons ressentie quand nous avons appris que l'un d'entre eux était homo. Ce fut terrible, d'autant plus terrible que durant un an, nous n'avions rien vu, alors qu'il était en grand danger. Il avait été "initié" par un homme qui avait 44 balais tandis que notre gamin n'en avait que 17... Cet homme se piquait à l'héroïne, ils avaient des rapport non protégés, et de plus il était perturbé (depressif +++). Notre gamin a peut-être pris conscience du danger qu'il courrait, il a voulu rompre, l'autre lui a fait du chantage au suicide, poussant notre fils à vouloir commettre l'irréparable...
En se levant un matin, il nous a laissé une lettre d'aveu de ce qu'il était et de la vie qu'il venait de mener. Ce fut un terrible choc, avec son papa, nous lisions et pleurions ensemble. Aussitôt, nous avons appelé notre gosse sur son portable et avons laissé sur son répondeur des messages plein d'amour, qu'on l'acceptait comme il était et qu'il était un gamin formidable. Il nous a rappelé 2 heures après pour nous dire dans une voix étranglée : Merci, je vais revenir. Après, on a parlé, parlé, parlé des jours et des jours entiers, on a pleuré, pleuré, pleuré. Et puis on a travaillé sur nous même pour vraiment l'accepter comme cela.
On s'en est voulu de n'avoir rien vu.
C'est facile de penser quand il s'agit des autres, mais quand c'est la chair de sa chair, je vous jure que c'est drôlement douloureux. J'ai vécu cela personnellement au moins aussi fort que l'annonce d'un handicap. Oui, mon enfant, mon bel enfant n'était pas comme les autres, c'est le même sentiment. Et comme c'est le même sentiment, et bien, ce que je redoute le plus, c'est le regard de l'autre. C'est aussi le deuil de devenir grandmère, mais ça, c'est moi, donc, c'est secondaire.
Quand il nous a tout raconté, nous cachions notre effrayement, nous avions vraiment failli le perdre... J'ai dis alors à mon gamin : j'ai du mal à accepter mais je te promet, parce je t'aime profondément, je vais y travailler, mais il faudra tout se dire, tout, pour retisser une confiance totale surquelle il pourra s'appuyer quand nous ne serons pas là. C'est ce que lui et moi avons fait, le papa, lui, avait accepté plus facilement que moi, il l'a aidé autrement. Nous sommes sortis de ce criminel "non dit" avec lui, son frère, nos familles directes et nos amis proches. Par contre, pas au delà, pourquoi ? parce qu'il y a des gens mauvais et que pour l'instant, à ce sujet, nous préférons vivre sans étaler cette particularité qui n'a rien de glorifiant. C'est un état que la nature et peut être l'histoire a apporté à notre mome. (ce n'est pas évident d'être le frère d'un surdoué, l'autre gamin, qui, au demeurant a été génial avec son petit frère). Aujourd'hui, Mon gosse a un autre copain, que nous avons très bien accueilli, notre gosse nous signifie quand il en a l'occasion, qu'on est vraiment des parents formidables. La sérénité est revenue mais n'empêche qu'au fond de moi, ce n'est pas ce que j'avais rêvé...
Je ne souhaite qu'une chose, c'est u'il soit heureux, même si n'est pas dans le chemin le plus facile.
Et voilà, ces histoires montrent comment peut être vécue l'homosexualité, sous différents angles, mais une chose est sûre, on a beau dire que maintenant c'est accepté (c'est vrai que nos familles et nos amis ont été un véritable soutien), la société a encore du chemin a faire, car quoi qu'on en dise, cela reste hors norme.
Merci de respecter l'objet du débat et la douleur qu'il peut engendre quand il n'y a pas de délicatesse. on peut tout dire, du moment qu'on y met du respect.